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Protection de la ressource

La protection de la ressource vise à assurer aux consommateurs une alimentation en eau potable de qualité pour éviter tous risques sur le plan sanitaire. Elle est avant tout assujettie aux normes de potabilité établies par le code de la santé publique. Elle apparaît aussi comme une solution plus durable que la mise en place de mesures curatives destinées à traiter une eau déjà contaminée.

Au-delà de cet enjeu de santé publique particulièrement sensible, la France se doit également d'atteindre l'objectif environnemental fixé par la Directive Cadre sur l'Eau : restaurer ou maintenir le bon état de nos ressources en eau. L'enjeu de la protection des captages fait ainsi l'objet d'un article spécifique, imposant à chaque Etat membre de l'Union Européenne :

  • d'inscrire les ressources utilisées pour la production d'eau potable, ou destinées dans le futur à un tel usage, dans le « registre des zones protégées » ;
  • de veiller au respect de toutes les normes et de tous les objectifs qui s'y rattachent au plus tard en 2015 ;
  • de mettre en œuvre, sur les zones ainsi recensées, des actions de protection de la ressource en eau, afin de réduire les coûts de traitement.

Protéger l'Aire d'Alimentation d'un Captage (AAC), c'est donc participer plus largement à l'effort visant à restaurer la qualité environnementale de nos ressources en eau.

Pour en savoir plus :

Rappel des normes de potabilité pour les contaminants mis en cause dans les problématiques de pollutions diffuses :

En termes de santé publique, l'exposition chronique aux pesticides présents dans l’eau consommée constitue l’un des principaux facteurs de risques : risques à long terme liés à l'ingestion de doses très faibles mais répétitives, effets « cocktails » liés à l’interaction possible de plusieurs types de substances et/ou de leurs produits de dégradation. Ces risques peuvent se traduire par des troubles aigus de la santé (infertilité, neurotoxicité, cancer…). Aussi, le code de la santé publique fixe des limites de qualité exigeantes vis-à-vis des pesticides présents dans l’eau distribuée : 0,10 μg/L pour chaque substance prise individuellement (à l'exception de l'aldrine, la dieldrine, l'heptachlore et de l’heptachloroépoxyde pour lesquels la limite a été fixée à 0,03 μg/L) et 0,50 μg/L pour le total des substances mesurées.

En ce qui concerne les nitrates, la norme pour l'eau potable, fixée à 50 mg/L, a été instaurée à l’échelle européenne en tenant compte des risques sanitaires encourus par la population la plus vulnérable (en particulier les nourrissons et les fœtus portés par les femmes enceintes).

Le contrôle de la conformité de la qualité de l’eau destinée à la consommation humaine vis-à-vis des normes de potabilité en vigueur est encadré par les articles L. 1321-1 à L. 1321-10 et R. 1321-1 à R. 1321-63 du code de la santé publique. Ce suivi est assuré par les Agences Régionales de Santé (ARS) qui réalisent des prélèvements et des analyses de l’eau en différents points du réseau d’adduction, depuis l’eau prélevée aux captages (eaux « brutes ») jusqu’à l’eau distribuée aux robinets des consommateurs.

Assurer la qualité de l'eau distribuée : mesures préventives ou curatives ?

En cas de dépassement des normes, les moyens curatifs (traitement sur charbon actif, ultrafiltration...) et palliatifs (changement de ressources, dilution par interconnexion entre ressources), sont souvent privilégiés. Le rapport sur l'environnement en France de 2010 dressait le constat que 10 % de nos ressources en eau nécessiterait un traitement sur les nitrates pour pouvoir être distribuée. De même, concernant les produits phytosanitaires, plus de 20 % de nos ressources en eau nécessiterait un traitement coûteux des résidus de pesticides. Or la mise en place de traitements de potabilisation des eaux contaminées, qui a un coût important pour la collectivité et le consommateur, peut être insuffisante voire inefficace pour certaines substances et n’est plus autorisée au-delà d’un certain niveau de contamination. Ces traitements curatifs ne peuvent donc pas constituer une solution pérenne : ils conduisent à une augmentation de la facture du consommateur, posent la question du retraitement des déchets générés par la potabilisation et ne protègent en aucun cas les ressources en eau naturelles.

Pour diminuer les flux de contaminants, il est capital de réaliser des actions préventives visant la protection de la ressource prélevée, notamment par la mise en place de meilleures pratiques agricoles et non agricoles sur l’Aire d’Alimentation du Captage. En effet, les politiques préventives sont généralement moins onéreuses sur le long terme que les solutions curatives. L'Agence de l'Eau Seine-Normandie a par exemple étudié plusieurs scénarii permettant de comparer les actions préventives à des actions curatives, à partir de 21 cas concrets et réels [AESN, 2011]. Cette étude a montré que, pour les services d'alimentation en eau potable, le coût des mesures préventives est toujours inférieur au coût des mesures curatives – et parfois très inférieur. Elle a également démontré que la politique de prévention est d'autant plus intéressante qu'elle est menée tôt. Car, à trop attendre, le service d'alimentation en eau potable peut en effet avoir à supporter une période de « double peine », lorsque le curatif reste nécessaire le temps que les effets du préventif apparaissent.

Pour en savoir plus :

  • AESN (2011). Le préventif coûte-t-il plus cher que le curatif ? Argumentaire économique en faveur de la protection des captages. 74pp. Télécharger

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